Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : Le FONSTI et la recherche scientifique au service de la dépollution et de la restauration des sols
Derrière l’essor du secteur minier, qui représentait environ 5 % du PIB ivoirien en 2025, se cache une crise écologique et économique sans précédent. Face aux ravages environnementaux, sanitaires et économiques causés par l’orpaillage clandestin, le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI) a réuni, ce jeudi 8 octobre à l’Hôtel Azalaï d’Abidjan, l’ensemble des acteurs clés de la problématique minière. À l’occasion de cette nouvelle édition du Petit-déjeuner de l’Innovation, chercheurs, parlementaires, représentants institutionnels, forces de défense et acteurs du secteur privé ont croisé leurs expertises autour d’un enjeu majeur : « Orpaillage en Côte d’Ivoire : de l’urgence environnementale aux solutions innovantes et durables ».
Un diagnostic choc : 29 régions touchées et de lourdes pertes financières
Lors de la conférence inaugurale, le Professeur Bernard Ossey YAPO, Directeur Général du Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL), a présenté un état des lieux alarmant : 29 des 31 régions du pays sont gravement affectées par l’orpaillage illégal.
L’impact économique est majeur, avec des pertes fiscales estimées à 744 milliards de FCFA par an pour l’État et plus de 4 600 milliards de FCFA d’or écoulés hors des circuits officiels. On dénombre également plus de 8 500 sites déguerpis entre 2021 et la mi-2026.
Sur le plan sanitaire et environnemental, l’usage de produits toxiques comme le mercure ou le cyanure, combiné au dragage, dégrade l’eau potable. Dans des bassins comme celui du N’Zi, la turbidité et les matières en suspension dépassent largement les normes autorisées. Les populations riveraines font face à des risques accrus de dermatoses, d’intoxications métalliques graves et de pathologies hydriques.
Passer du laboratoire au terrain : l’ambition du FONSTI
Ouvrant les travaux, le Secrétaire Général du FONSTI, Dr Sangaré YAYA, a rappelé que la réponse à ce constat ne peut être uniquement répressive ou réglementaire.
« Comment restaurer durablement les milieux déjà affectés ? Comment réhabiliter les terres dégradées et dépolluer les eaux et les sols ? Notre préoccupation majeure, c’est d’arriver à produire des connaissances et à valoriser l’émergence de solutions innovantes pour adresser les problèmes du développement économique et social de la Côte d’Ivoire », a-t-il souligné.
Le FONSTI entend ainsi agir comme une passerelle entre la recherche scientifique et l’action opérationnelle, en soutenant des projets aux applications concrètes.
Phyto-épuration et matériaux durables : les innovations de la recherche ivoirienne
Parmi les solutions présentées par les chercheurs et lauréats du FONSTI au cours du panel, deux avancées technologiques majeures ont retenu l’attention :
La phytoremédiation par une plante locale (Chrysopogon structures/nigritanus) : Les travaux menés par l’équipe du Dr Sandotin Lassina COULIBALY (Maitre de conférences à l’Université Polytechnique de Man) sur des échantillons prélevés à Korhogo, Boundiali, Tengrela, Hiré et Angovia montrent une forte concentration d’arsenic dans les sols. En utilisant Chrysopogon nigritanus — une plante endogène amendée à l’acide citrique —, les chercheurs ont observé une élimination significative de l’arsenic après 180 jours sous serre, offrant une méthode naturelle de restauration des anciens sites miniers.
La valorisation des résidus miniers dans le bâtiment : Des essais sur des résidus issus de Daoukro, Oumé et Kocoumbo ont démontré leur capacité à entrer dans la composition de mortiers de construction. Les tests mécaniques confirment des résistances adaptées aux normes de construction, sans relargage de polluants toxiques lors des tests de lixiviation.
La dépollution des eaux par électrocoagulation et argiles locales : D’autres procédés présentés permettent un abattement de l’arsenic supérieur à 99 % en laboratoire, ouvrant la voie à des stations de traitement mobiles.
Une synergie institutionnelle, législative et communautaire
Présidée et modérée par le Professeur Toh Alain (Socio-anthropologue à l’Université Félix Houphouët-Boigny et membre du Conseil d’Administration du FONSTI), la rencontre a permis d’aborder les dimensions sociales et juridiques de l’activité minière :
Cadre législatif : L’Honorable Albert FLINDÉ (Président de la Commission Recherche et Environnement à l’Assemblée Nationale) et le Vénérable KONATÉ Lamine (Sénateur) se sont engagés à soutenir l’évolution des lois pour offrir un cadre juridique pérenne aux opérations de dépollution et d’utilisation des nouvelles technologies scientifiques.
Conseil et orientation : M. GOMÉ Hilaire (CESEC) a préconisé l’instauration d’un « zéro orpaillage » dans les zones écologiquement sensibles (forêts classées, parcs, sources d’eau) tout en plaidant pour la reconversion des orpailleurs artisanaux locaux.
Impact communautaire : Les autorités traditionnelles (Chambre des Rois et Chefs Traditionnels) ont partagé la détresse des populations rurales face à la perte des terres cultivables et à la hausse de l’insécurité, appelant à un déploiement rapide des solutions de réhabilitation sur le terrain.
Sécurité et secteur privé : Le Colonel GUÉI (GSLOC / Gendarmerie) et M. BAMBA Bakary (Groupement des Petites Mines) ont réaffirmé la nécessité de coupler le comblement physique des sites à une réinsertion économique et professionnelle des acteurs.
Une vision intégrée pour la restauration des territoires
Alors que le Plan d’Urgence de Dépollution et de Restauration (PUDR-SO 2026-2029) prévoit un investissement de plus de 47 milliards de FCFA sur 36 mois pour traiter 545 sites prioritaires, le FONSTI confirme son rôle stratégique dans la transition écologique nationale.
Entre la neutralisation biologique des métaux lointains, la transformation des déchets miniers en matériaux utiles et la mise à jour des textes de loi, la Côte d’Ivoire pose les bases d’une réponse globale : arrêter la pollution à la source par le contrôle, puis reconstruire la biodiversité grâce aux innovations de la science ivoirienne.
CAM