Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : Le FONSTI et la recherche scientifique au service de la dépollution et de la restauration des sols
Face aux ravages environnementaux, sanitaires et économiques causés par l’orpaillage clandestin, le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI) a réuni, ce jeudi 8 octobre à l’Hôtel Azalaï d’Abidjan, l’ensemble des acteurs clés de la problématique minière. À l’occasion de cette nouvelle édition du Petit-déjeuner de l’Innovation, chercheurs, parlementaires, représentants institutionnels, forces de défense et acteurs du secteur privé ont croisé leurs expertises autour d’un enjeu majeur : « Orpaillage en Côte d’Ivoire : de l’urgence environnementale aux solutions innovantes et durables ».
Une urgence environnementale et un gouffre économique
Si l’exploitation aurifère constitue un levier de croissance, son volet illégal menace gravement l’équilibre écologique et financier du pays. Lors de la conférence inaugurale, le Professeur Bernard Ossey YAPO, Directeur du Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL), a dressé un diagnostic sans concession : 29 des 31 régions de la Côte d’Ivoire sont aujourd’hui touchées par l’orpaillage clandestin.
Sur le plan économique, les pertes fiscales pour l’État sont estimées à 744 milliards de FCFA par an, tandis que plus de 4 600 milliards de FCFA d’or échappent chaque année aux circuits officiels.
Sur le plan écologique et sanitaire, la contamination des cours d’eau par les métaux lourds (arsenic, plomb, chrome) et les substances interdites telles que le mercure ou le cyanure atteint des seuils critiques. Dans des cours d’eau comme le N’Zi, les matières en suspension pulvérisent les normes sanitaires, compromettant l’approvisionnement en eau potable et exposant les populations riveraines à des risques accrus de dermatoses, de troubles rénaux et de cancers.
Du laboratoire au terrain : l’engagement du FONSTI
Ouvrant les travaux, le Secrétaire Général du FONSTI, Dr Sangaré YAYA, a rappelé que la réponse à ce fléau ne peut être uniquement répressive ou réglementaire.
« La mission du FONSTI ne consiste pas seulement à financer des projets de recherche, mais à créer les conditions permettant aux résultats scientifiques de répondre concrètement aux besoins de notre société », a-t-il affirmé.
Le FONSTI accompagne ainsi plusieurs chercheurs travaillant sur des procédés de neutralisation des contaminants, de dépollution des eaux et de réhabilitation des terres dégradées. Deux lauréats du fonds ont présenté au cours d’un panel leurs travaux sur l’utilisation des argiles locales et l’électrocoagulation — une technologie permettant d’éliminer plus de 99 % de l’arsenic en laboratoire.
Mobilisation générale : Parlementaires, Chefferie et Sécurité
Cette rencontre a permis de sceller un dialogue direct entre les décideurs et la communauté scientifique :
- L’Assemblée Nationale et le Sénat : L’Honorable Albert FLINDÉ (Président de la Commission Recherche et Environnement à l’Assemblée Nationale) et le Vénérable KONATÉ Lamine (Sénateur) ont salué la mise à disposition de solutions scientifiques. Ils se sont engagés à traduire ces recommandations dans le cadre législatif et budgétaire afin de donner une base juridique solide aux opérations de dépollution.
- Le CESEC : M. GOMÉ Hilaire, Rapporteur de la Commission Environnement au Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel, a prôné une politique de « zéro orpaillage » dans les zones écologiquement sensibles (forêts classées, parcs et sources d’eau) tout en interrogeant les mécanismes d’encadrement des acteurs artisanaux ivoiriens.
- La Chefferie traditionnelle : Les représentants de la Chambre des Rois et Chefs Traditionnels (Nanan N’DORI Joseph et Nanan N’GUESSAN Begbin) ont exprimé le désarroi des populations rurales touchées par la destruction de leurs terres agricoles et la hausse de l’insécurité, appelant à un déploiement rapide des solutions de restauration.
- Les forces de sécurité et le secteur minier : Le Colonel GUÉI (GSLOC) a confirmé par des exemples du terrain que le comblement physique et la re-végétalisation des sites empêchent la réoccupation par les orpailleurs. De son côté, M. BAMBA Bakary, du Groupement des Petites Mines, a réaffirmé la volonté des acteurs formels de collaborer avec les universités pour financer la recherche et assainir la filière.
Vers une stratégie intégrée de restauration
Alors que le gouvernement déploie le Plan d’Urgence de Dépollution et de Restauration (PUDR-SO 2026-2029) doté de plus de 47 milliards de FCFA sur 36 mois, le FONSTI réaffirme sa position de pont stratégique entre la science et l’action publique.
En fédérant chercheurs, législateurs et opérateurs économiques, ce Petit-déjeuner de l’Innovation pose les bases d’une approche nationale intégrée : stopper la source de la pollution par le contrôle, puis reconstruire durablement les écosystèmes grâce aux innovations scientifiques ivoiriennes.
MNA