Trouver le cadre institutionnel capable de transformer l’élection d’un sujet de crispation nationale en une procédure ordinaire et pacifique de la vie démocratique : tel est le grand défi ouvert ce jeudi 24 septembre 2026 au Centre de Recherche et d’Action pour la Paix (CERAP) à Abidjan Cocody. Co-organisé avec la Fondation Konrad-Adenaue-Stifung (KAS), le symposium réunissant universitaires, acteurs politiques, diplomates et membres de la société civile s’est ouvert sous le thème : « Réforme de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire : quel modèle institutionnel pour des élections crédibles, inclusives et apaisées ? »
Dépasser la défiance et préparer la paix
Dès l’ouverture des travaux, le Père Arsène Brice BADO, Directeur Général du CERAP, a rappelé la vocation neutre et bienveillante de son institution pour aborder un sujet aussi sensible. « L’élection devrait être un moment de fête civique. Pourtant, notre histoire récente nous rappelle combien elle peut aussi devenir un moment de tension, de méfiance, parfois de douleur », a-t-il souligné, appelant à dépasser les seuls aspects techniques pour bâtir une confiance partagée dans les règles du jeu.
Abondant dans le même sens, le Dr Stephanie Brinkel, Représentante résidente de Konrade-Adenauer-Stifung , a insisté sur la responsabilité collective qui incombe aux parties prenantes. « Une élection ne se résume pas au seul jour du scrutin. La gouvernance électorale englobe un ensemble de processus […] qui interviennent avant, pendant et après le vote », a-t-elle précisé, invitant à une confrontation pacifique des idées et au renforcement de la prévention des conflits, notamment face aux nouveaux défis de la désinformation.
Le diagnostic sans concession du Professeur Henri BAH
Clou de la première matinée, la communication inaugurale (keynote) prononcée par le Professeur Henri BAH a posé les jalons théoriques et pratiques du débat. Adoptant une démarche critique et normative, l’universitaire a rappelé que la régularité des scrutins ou la proclamation de résultats juridiquement valides ne suffisent pas à consolider la démocratie si la légitimité et la confiance manquent à l’appel.
Le Professeur BAH a structuré son analyse autour des défis majeurs qui fragilisent la compétition politique en Côte d’Ivoire : l’impartialité perçue des institutions, l’inclusivité, la transparence du fichier électoral, la justice électorale et l’équité des moyens de campagne.
Pour sortir du cercle vicieux de la contestation, le conférencier a soumis plusieurs axes stratégiques de réforme institutionnelle :
Autonomie de la CEI : Consolider l’indépendance fonctionnelle et financière de la Commission Électorale Indépendante, en renforçant la présence de personnalités indépendantes et en instaurant des critères publics de nomination.
Transparence et traçabilité : Garantir la vérification et l’accès aux procès-verbaux dès les bureaux de vote et sécuriser le fichier électoral.
Justice électorale renforcée : Accroître la célérité et la motivation des décisions du juge électoral pour en faire un véritable recours d’apaisement.
Équité de la compétition : Mieux encadrer le financement des campagnes et garantir un accès équitable aux médias publics.
Évaluation permanente : Créer un Observatoire national de la démocratie et des élections pour mesurer régulièrement la confiance citoyenne.
Un cadre de dialogue ouvert aux partis politiques
Après ces orientations d’ouverture, les travaux se poursuivent à travers des panneaux de discussion très attendus rassemblant les représentants des principales forces politiques de Côte d’Ivoire (RHDP, PDCI, PPA-CI, CNC, ADCI), ainsi que des sessions dédiées aux droits humains, au contentieux électoral et à la participation effective des femmes et des jeunes. Le symposium s’achèvera le 25 septembre par des ateliers thématiques et la publication d’un communiqué final assorti de recommandations stratégiques.
CAM