La Fondation de l’Innovation pour la Démocratie, en collaboration avec le CERAP, a lancé la première édition du « Café démocratique », autour du thème : « Peut-on se faire confiance en Côte d’Ivoire ? » ce vendredi 10 avril 2026.
Cette rencontre citoyenne, pensée comme un espace d’échanges ouvert, a réuni chercheurs, praticiens et acteurs publics pour réfléchir aux fondements du vivre-ensemble et aux défis contemporains de la démocratie ivoirienne.
Le panel a été animé par le sociologue Séverin Kouamé, directeur général d’Indigo Côte d’Ivoire, et l’ingénieur statisticien-économiste Franck Stéphane Dedi, sous la modération de la journaliste-consultante Marie Gisèle N’Guessan.
Restaurer le lien social par les valeurs et l’exemplarité
« Une société en crise de confiance est une société vulnérable. La confiance est un capital qui se construit chaque jour », a-t-il affirmé.
Pour lui, raffermir le lien social suppose de redonner aux citoyens « de bonnes raisons de croire en la sincérité des rapports sociaux ». Cela passe notamment par une éducation à la citoyenneté, fondée sur la transmission de valeurs telles que le respect, la solidarité et la reconnaissance de l’autre.
Le sociologue a également plaidé pour la promotion de la diversité sociale, rappelant l’importance d’espaces de brassage comme les internats d’antan, qui favorisaient la connaissance mutuelle et la cohésion.
Autre levier essentiel : l’exemplarité.
« On ne peut promouvoir que ce que l’on incarne », a-t-il souligné, appelant chaque citoyen à une responsabilité individuelle et morale dans la construction d’une société de confiance.
Transparence institutionnelle et équilibre des pouvoirs
Adoptant une lecture économique et institutionnelle, Franck Stéphane Dedi a mis en avant le rôle central des institutions dans la consolidation de la confiance.
« La confiance est un capital clé que doivent incarner à la fois les institutions et les individus », a-t-il indiqué.
Selon lui, la transparence, la crédibilité des dirigeants et la solidité des institutions conditionnent le bon fonctionnement de la société, tant sur le plan économique que social.
L’expert a toutefois pointé les limites actuelles des systèmes politiques, notamment en Afrique francophone, caractérisés par une prédominance de l’exécutif. Il a plaidé pour une véritable séparation verticale des pouvoirs, où exécutif, législatif et judiciaire seraient indépendants et équilibrés.
« Une société avance lorsque la loi s’applique à tous, indépendamment du statut », a-t-il soutenu, évoquant la nécessité pour chaque citoyen de pouvoir faire valoir ses droits face aux autorités.
Pour y parvenir, deux conditions s’imposent : une volonté politique forte et une meilleure éducation juridique des citoyens, afin de renforcer leur compréhension des mécanismes démocratiques.
Un espace de dialogue pour repenser la démocratie
Pour le Dr Jean-Marc Segoun, directeur des opérations et des programmes de la Fondation, ce Café démocratique se veut avant tout un cadre d’expression et de réflexion collective.
« Nous voulons créer un espace de débat, de discussion et de protection, où la parole circule librement sur les enjeux sociétaux liés à la démocratie », a-t-il expliqué.
Le choix du thème s’inscrit dans un contexte d’érosion démocratique, marqué par un recul des valeurs fondamentales. D’où la nécessité, selon lui, de revenir à l’essentiel : la confiance comme socle des relations sociales et institutionnelles.
Il a également souligné l’importance d’impliquer les représentants des institutions dans ces échanges, afin de confronter les perceptions citoyennes à la réalité du fonctionnement public.
Une initiative appelée à s’inscrire dans la durée
À travers cette première édition, la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie et le CERAP entendent poser les bases d’un dialogue durable entre citoyens, experts et décideurs.
Un pari ambitieux : contribuer, par la réflexion et l’échange, à restaurer la confiance et à consolider les fondements démocratiques en Côte d’Ivoire.
CAM