Embouteillages à Abidjan : Le 6ème pont va-t-il paralyser le Sud ?

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Avec un coût estimé à 200 milliards de FCFA pour relier Abatta à Koumassi, le projet de 6ème pont est présenté comme la solution ultime à la saturation du Grand Abidjan. Pourtant, l’analyse des flux urbains montre qu’il risque d’aggraver la paralysie de la capitale économique. Éclairage.

​Analyse Par Gabriel Gauss, Ingénieur des travaux, genie civil et pationné de la politique. 

​Abidjan compte aujourd’hui plus de 6 millions d’habitants. En 2025, le temps moyen perdu dans les embouteillages a bondi de 40 %. Face à ce constat étouffant pour l’économie et la qualité de vie, la réponse infrastructurelle reste inchangée : percer un nouveau trou dans la lagune.

​Pourtant, la théorie du trafic induit est formelle : ajouter un ouvrage d’art au cœur d’une métropole ne décongestionne pas la ville, elle attire les voitures.

​Une « pompe à embouteillages » vers Koumassi et Marcory

​En déversant environ 20 000 véhicules supplémentaires chaque matin depuis Bingerville et Abatta vers la rive Sud, le 6ème pont ne fait pas disparaître le problème : il déplace le mur. Les communes de Koumassi et Marcory, déjà saturées à près de 180 % aux heures de pointe, se retrouveront au bord de l’asphyxie routière.

​Pendant ce temps, des infrastructures majeures sous-utilisées dorment à la périphérie. La rocade Y4 (26 km en 2×2 voies) plafonne à un trafic marginal par manque d’aménagements logistiques aux extrémités et à cause d’un tronçon manquant de 15 km entre Eloka et l’autoroute de Grand-Bassam.

​Cinq priorités pour bâtir l’avenir au lieu de colmater

​Avant de financer des superstructures coûteuses, la rationalité budgétaire et urbanistique impose de traiter les causes profondes de la paralysie abidjanaise :

​Le sous-sol avant le bitume : Doubler les collecteurs d’eau d’Akouédo-Abatta pour stopper les inondations récurrentes qui coupent les axes existants à chaque pluie.

​Le bouclage Eloka-Bassam : Bitumer les 15 km de terre ferme reliant Eloka à l’autoroute de Bassam. Pour 80 milliards de FCFA (contre 200 milliards), l’Est contourne enfin Abidjan sans jamais engorger le centre-ville.

​La rentabilisation de la Y4 : Aménager des zones d’activités à Anyama et Songon, tout en interdisant le transit des poids lourds dans Abidjan en journée pour les réorienter vers la rocade.

​Le développement du transport lagunaire (BRT) : Déployer une flotte moderne de bateaux-bus de forte capacité pour relier Abatta et Eloka à Treichville en 20 minutes.

​Un moratoire sur l’étalement résidentiel : Stopper les programmes immobiliers isolés à Bingerville sans création corrélative d’emplois et de bureaux locaux.

​On ne résout pas la crise des transports d’une métropole en rajoutant des voies vers un centre déjà saturé. Les 200 milliards de FCFA du 6ème pont doivent servir à sortir les véhicules d’Abidjan, pas à les y enfermer.

Le TGV Abidjan-Yamoussoukro comme levier de déconcentration

Autre proposition avancée : accélérer la mise en place d’une liaison ferroviaire à grande vitesse entre Abidjan et Yamoussoukro.

Pour Gabriel Gauss, un transport ferroviaire rapide entre les deux principales villes permettrait de déconcentrer certaines activités administratives et économiques aujourd’hui concentrées à Abidjan.

 

La Redaction