FILIÈRE HÉVÉICOLE IVOIRIENNE : Après 50 ans d’or blanc, le défi historique de la transformation locale

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 De 164 000 tonnes à l’aube des années 2000 à près de 2 millions de tonnes aujourd’hui, la Côte d’Ivoire s’est hissée au sommet du caoutchouc mondial. Mais après un demi-siècle d’une ascension fulgurante, le géant agricole fait face à son plus grand virage : cesser de réexporter sa richesse brute pour la transformer au cœur de ses terres.

Dans les salons feutrés du Sofitel Hôtel Ivoire de Cocody, l’ambiance des 5 et 6 novembre derniers oscillait entre la fierté du devoir accompli et la lucidité des grands rendez-vous.

 

En célébrant ses 50 ans d’existence lors de la 2ᵉ édition des Journées du caoutchouc naturel, l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac) n’a pas seulement déroulé le tapis rouge à ses pionniers. Sous le thème « L’Apromac, 50 ans de succès au service du développement rural et des productions vivrières », le secteur a posé les jalons de son avenir.

 

Le chemin parcouru frôle le miracle agricole. En 2005, le pays récoltait timidement 164 000 tonnes d’hévéa. Vingt ans plus tard, les saigneurs ivoiriens approchent la barre mythique des deux millions de tonnes. Un bond prodigieux qui propulse la Côte d’Ivoire au 1ᵉʳ rang africain et au 2ᵉ rang mondial, juste derrière le titan thaïlandais.

Pour Charles-Emmanuel Yacé, président du conseil d’administration de l’Apromac, ce triomphe porte l’empreinte d’un effort collectif réunissant État, planteurs et usiniers.

 

Mais au-delà de la courbe des statistiques, c’est le visage de la Côte d’Ivoire rurale qui a changé : la culture de l’hévéa fait désormais vivre des centaines de milliers de foyers et irrigue l’économie nationale.

 

Pourtant, l’heure n’est plus au triomphalisme. Récolter ne suffit plus ; il faut désormais transformer. Charles-Emmanuel Yacé l’a martelé : la compétitivité, la recherche de la qualité et l’industrialisation locale constituent le triptyque de cette nouvelle ère. Sur le terrain, la modernisation est déjà en marche. Le vaste chantier de géoréférencement, amorcé en juillet 2024, compte déjà 337 467 plantations cartographiées pour sécuriser le verger et garantir la traçabilité du latex ivoirien.

 

Présidant la cérémonie officielle aux côtés du vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara, parrain de l’événement, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a salué le rôle historique de l’Apromac depuis 1975.

 

Tout en félicitant les acteurs, le membre du gouvernement a fixé cap et exigences : renforcer l’outil industriel, garantir une rémunération plus juste aux planteurs, régénérer le matériel végétal et s’inscrire dans une production durable.

Conscient des attentes du monde paysan, il s’est voulu rassurant : « L’État assume et assumera pleinement sa part de responsabilité », a-t-il affirmé solennellement.

Entre l’émotion d’un film rétrospectif et les hommages appuyés aux bâtisseurs de la filière, ce cinquantenaire aura évité l’écueil de la simple nostalgie.

 

En cinquante ans, la Côte d’Ivoire a su conquérir le monde par ses volumes. Son défi pour le demi-siècle à venir sera d’offrir à son caoutchouc sa pleine valeur ajoutée, afin que la sève de l’hévéa continue d’enrichir d’abord ceux qui la font couler.

 

CAM