Industrialisation de l’Afrique : Abidjan au cœur du débat sur le financement durable

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Comment financer durablement l’industrialisation du continent et accélérer sa transformation économique ? C’est autour de cette question stratégique que des experts africains sont réunis, du 20 au 22 juillet 2026, à Abidjan, à l’occasion de la session conjointe du 9ᵉ Comité technique spécialisé (CTS) sur les finances, les affaires monétaires, la planification économique et l’intégration, et du 5ᵉ CTS consacré au commerce, au tourisme, à l’industrie et aux ressources minérales.

Organisée par la Commission de l’Union africaine, cette rencontre, qui se tient au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan-Cocody, a pour thème : « Financer l’industrialisation de l’Afrique pour un développement durable ». Les travaux des experts doivent déboucher sur une session ministérielle prévue le jeudi 23 juillet.

À l’ouverture des travaux, lundi dernier, le directeur de cabinet Vassogbo Bamba, représentant le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, a souligné le paradoxe auquel le continent reste confronté. Malgré une croissance économique appréciable au cours des deux dernières décennies, l’Afrique peine encore à transformer cette dynamique en une véritable industrialisation. Le continent, qui abrite environ 18 % de la population mondiale, ne représente ainsi que près de 2 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale.

Pour Vassogbo Bamba, le principal défi est désormais de trouver les moyens de financer la transformation économique à la hauteur des ambitions du continent. « Le défi central ne réside donc pas dans l’absence d’opportunités. Il réside dans notre capacité collective à financer la transformation économique à l’échelle et au rythme requis », a-t-il déclaré, évoquant les besoins en infrastructures, en préparation de projets, en production industrielle, en innovation et en développement de chaînes de valeur régionales.

Le représentant du gouvernement ivoirien a également insisté sur la nécessité d’une approche globale. Selon lui, le financement de l’industrialisation doit être étroitement lié aux politiques commerciales, minières, budgétaires et monétaires, à la planification économique, aux infrastructures et au développement des marchés financiers.

Dans cette dynamique, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) apparaît comme un levier majeur. Elle doit permettre, a-t-il estimé, de construire un marché continental suffisamment vaste pour favoriser la spécialisation industrielle, renforcer les chaînes de valeur régionales et attirer davantage de capitaux vers les secteurs productifs et manufacturiers.

La Côte d’Ivoire entend, elle aussi, prendre sa part dans cette transformation. Vassogbo Bamba a rappelé que le Programme national de développement (PND) 2026-2030, estimé à 114 838,5 milliards de FCFA, accorde une place importante au développement industriel, avec plus de 70 % des investissements attendus du secteur privé.

De son côté, Francisca Belobe, Commissaire au développement économique de l’Union africaine, a appelé à ouvrir une nouvelle étape dans le financement de l’industrie africaine. Elle a plaidé pour la construction d’une architecture financière associant davantage les secteurs public et privé, tout en renforçant la coopération entre les institutions africaines et en améliorant la mobilisation des recettes intérieures.

Président du Bureau des experts du Comité technique spécialisé, Abner Thulani Dlamini, qui a ouvert les travaux, a pour sa part insisté sur le rôle déterminant d’un secteur privé dynamique dans le processus d’industrialisation. Il a également appelé à accorder une attention particulière aux petites et moyennes entreprises, considérées comme un maillon essentiel du tissu productif africain.

Durant trois jours, les experts devront également se pencher sur plusieurs enjeux majeurs : la consolidation de la nouvelle architecture financière africaine, la mobilisation des ressources intérieures, la lutte contre les flux financiers illicites, la viabilité de la dette et le développement des corridors économiques.

À travers ces échanges, l’enjeu est clair : faire du financement un véritable moteur de l’industrialisation africaine et transformer les potentialités du continent en une croissance productive, durable et créatrice d’emplois.

 

CAM