Entre accusations de faux documents, bataille judiciaire et guerre médiatique, le dossier brûlant de l’île Motobé, à Moossou, continue d’alimenter les tensions. Face à la presse ce 26 février 2026, l’Association des propriétaires terriens de l’île de Motobé (APTIM) a décidé de livrer sa part de vérité.
Le contentieux remonte à 2007-2008, lorsque le promoteur immobilier Aimé Akpalé, PDG de la société SOAF-ADA, engage un projet d’aménagement sur 373 hectares de terrains marécageux situés entre les deux ponts de Moossou, sur le site baptisé « île Motobé ».
Lors d’une conférence tenue le 16 janvier dernier à la Maison de la Presse d’Abidjan-Plateau, le promoteur affirmait avoir investi plus de 12 milliards de FCFA et obtenu toutes les autorisations requises, dont un Arrêté de Concession Définitive (ACD). Il soutenait également avoir indemnisé des exploitants agricoles à hauteur de 428 millions de FCFA et remporté deux décisions judiciaires en 2024 et 2025.
Mais pour l’APTIM, présidée par N’Guessan N’Doumi André, la lecture est toute autre.
« L’affaire est pendante devant le Conseil d’État. Pourquoi vouloir influencer l’opinion publique alors que la procédure suit son cours ? », a martelé le président de l’association.
Pour l’APTIM, l’introduction d’un recours signifie que le contentieux reste ouvert. « Si vous avez gagné, pourquoi vous précipiter pour communiquer ? Nous faisons confiance à la justice », a insisté un intervenant.
L’association accuse le camp Akpalé de tenter une « manipulation médiatique » visant à orienter les juges et l’opinion.
Au cœur des griefs : la régularité de l’Arrêté de Concession Définitive délivré en août 2015.
Selon l’APTIM, plusieurs incohérences entacheraient le document :
Une signature intervenue 14 jours ouvrables seulement après le dépôt de la demande ;
L’absence alléguée d’enquête de commodo et incommodo ;
Des discordances entre les superficies mentionnées (244 hectares contre 66 hectares dans certains états fonciers) ;
Des titres fonciers établis le même jour pour différentes superficies.
« La rapidité avec laquelle le dossier a été traité interroge. Un ACD ne se délivre pas en deux semaines », ont soutenu les responsables de l’association, évoquant de possibles “irrégularités graves”.
L’APTIM rejette également toute complicité avec d’autres communautés voisines et affirme que « Motobé n’est pas un village autonome avec chef officiellement installé par arrêté ministériel ».
« Nous sommes propriétaires de ces terres. Il n’y a pas de conflit avec nos frères, mais des incompréhensions entretenues », ont précisé les intervenants.
Alors que des accusations de faux documents et de “crime économique” ont été portées, l’association dit avoir saisi les autorités judiciaires compétentes.
En attendant la décision définitive du Conseil d’État, l’île Motobé demeure le théâtre d’un bras de fer foncier aux enjeux financiers et symboliques considérables.
Une chose est sûre : dans cette affaire où chacun campe sur ses positions, seul le droit dira le dernier mot.
CAM