4 mois après les opérations de déguerpissement qui ont profondément bouleversé leur quotidien, les populations de Vridi 3, communément appelé Zimbabwé, veulent remettre la question de leur devenir au cœur du débat public. Réunis dimanche 4 octobre 2026 sur le site, les membres du Collectif des déguerpis ont appelé les autorités à ouvrir un dialogue et à apporter des réponses concrètes aux familles affectées.
Une communauté qui revendique son histoire
Face aux journalistes, le porte-parole du Collectif, Traoré Saïdou, a rappelé l’ancienneté de cette communauté de la commune de Port-Bouët. Selon lui, les premiers habitants s’y sont installés dès 1963, à l’époque où le site n’était accessible que par pirogue.
« Nos parents y avaient été installés par les autorités d’alors, notamment pour le fumage de poisson. Ils n’y ont trouvé ni routes, ni maisons, ni infrastructures. Avec leurs propres moyens, leur travail et leurs sacrifices, ils ont progressivement construit leurs habitations et fondé leurs familles », a-t-il expliqué.
L’implantation progressive d’une école primaire publique en 1987, d’un centre de santé, d’un marché ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité a, selon le Collectif, accompagné le développement du quartier au fil des décennies.
Les opérations de démolition ont débuté le 2 juin 2026. Le District autonome d’Abidjan avait justifié l’intervention par la nécessité de protéger les populations installées dans une zone présentée comme exposée à des risques sanitaires et environnementaux.
La mairie de Port-Bouët avait, de son côté, exprimé des réserves sur les modalités de l’opération. Quelques semaines plus tard, le ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté annonçait une opération de remise de vivres et de produits non alimentaires aux familles affectées.
Pour le Collectif, la question reste toutefois celle de l’après-déguerpissement. « Quitter une zone à risque ne signifie pas simplement quitter une maison. Pour une famille, cela peut signifier perdre son logement, ses biens, son activité économique, ses documents et les conditions nécessaires à la scolarisation des enfants », a soutenu Traoré Saïdou.
789 personnes déjà recensées
Afin de documenter la situation, le Collectif dit avoir procédé à son propre recensement. À ce jour, 289 propriétaires et 500 locataires, soit 789 personnes, ont été enregistrés. Traoré Saïdou précise toutefois que ce chiffre ne représente pas nécessairement l’ensemble des personnes touchées, le recensement se poursuivant.
Le Collectif évoque également plusieurs centaines de familles affectées et affirme avoir enregistré dix décès depuis le début de la crise. Des chiffres qui, selon ses responsables, doivent encore être confrontés et vérifiés avec les données des services compétents.
Nous ne sommes pas des extraterrestres
La conférence a également servi de cadre à un droit de réponse du Collectif à des propos attribués au ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Cissé Bacongo, lors d’une conférence de presse du 14 avril 2026. Le Collectif affirme avoir été profondément choqué par des qualificatifs qu’il juge dégradants.
« Nous ne sommes pas des extraterrestres. Nous ne sommes pas des insectes. Nous ne sommes pas des animaux. Nous sommes des êtres humains. Nous sommes des citoyens », a martelé Traoré Saïdou.
Sans exclure d’éventuelles démarches juridiques, le porte-parole a indiqué que le Collectif s’en remettait à ses conseillers juridiques pour examiner les suites à donner.
Au-delà de la polémique, les déguerpis disent vouloir privilégier une démarche pacifique et républicaine. Leurs principales demandes portent sur le relogement, la prise en compte de la situation des enfants déscolarisés, l’accompagnement des familles vulnérables et l’ouverture d’un guichet d’information entre les autorités et les populations affectées.
« Depuis le 2 juin jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucun guichet ouvert entre les autorités compétentes et nous. Les sinistrés sont là, voués à leur sort », a déploré Traoré Saïdou, lançant un appel aux autorités ivoiriennes pour une prise en compte de leur situation.
Le Collectif souhaite notamment être reçu par les autorités compétentes afin de présenter ses documents, témoignages et données.
Tout en affirmant ne pas être opposé à l’aménagement urbain ni à la protection des populations contre les risques, le Collectif estime que ces politiques doivent intégrer l’accompagnement des personnes déplacées.
« Nous ne demandons pas que notre parole soit considérée comme la seule vérité. Nous demandons que notre parole soit entendue, que les faits soient vérifiés et que la situation des victimes soit examinée », a conclu Traoré Saïdou.
À Vridi 3-Zimbabwé, les pelleteuses ont fait disparaître des habitations. Mais, pour les familles déplacées, une autre bataille commence désormais : faire entendre leur histoire, obtenir des réponses et reconstruire leur avenir dans la dignité.
Josué Koffi