Santé publique : Les guides religieux ivoiriens s’engagent aux côtés du CONANUT pour sauver l’allaitement maternel

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Abidjan a accueilli ce mardi  7 juillet une rencontre de plaidoyer de haute importance historique et sanitaire. À l’initiative du Conseil National pour l’Alimentation et la Nutrition (CONANUT), placé sous la Haute Autorité du Vice-Président de la République, S.E.M. Tiémoko Meyliet Koné, les leaders de toutes les confessions religieuses de Côte d’Ivoire se sont réunis autour d’une cause nationale : la promotion et le soutien à l’allaitement maternel.

​Sous le slogan évocateur « Un enfant au sein, est un enfant sain, la Côte d’Ivoire gagne », cette journée marque le point de départ d’une alliance sacrée pour inverser une courbe nutritionnelle jugée préoccupante.

​Une urgence nationale : 3 enfants sur 4 privés d’allaitement exclusif

​Malgré une volonté politique affichée, les chiffres interpellent. Dr Yébouet Patricia N’goran, Coordonnatrice nationale du CONANUT, a tiré la sonnette d’alarme lors de son allocution d’ouverture : le taux d’allaitement maternel exclusif au cours des six premiers mois de vie a chuté, passant de 34 % en 2021 à 25,3 % en 2025. L’objectif de 70 % fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à l’horizon 2030 est encore loin.

​« Ce fléau touche toutes les couches de la société, en particulier les communautés vulnérables. Les 1 000 premiers jours de vie, de la conception aux deux ans de l’enfant, constituent une fenêtre unique où se façonne le potentiel intellectuel, cognitif et physique de l’homme de demain », a rappelé la Coordonnatrice, insistant sur le fait que le lait maternel reste le socle inébranlable de ce développement.

 

​Cette baisse n’est pas due à un manque d’amour maternel — 97 % des femmes ivoiriennes allaitent — mais au non-respect des recommandations de l’OMS (un allaitement exclusif sans eau ni autres liquides jusqu’à 6 mois). En cause : de lourdes pesanteurs socioculturelles, de fausses croyances et des traditions erronées.

​L’autorité morale des guides religieux comme levier de changement

​Face à ces barrières culturelles, le gouvernement et ses partenaires internationaux, l’UNICEF et l’OMS, ont choisi de faire appel aux « boussoles morales » de la nation.

​M. Jean-François Basse, Représentant Résident de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, a rappelé que l’allaitement est le « premier vaccin » d’un nourrisson. Pour lui, la présence des imams, pasteurs et prêtres est la clé de voûte de cette campagne :

​« Par votre proximité avec les familles, par votre autorité morale et spirituelle, vous avez le pouvoir d’influencer durablement les comportements. Les religions portent toutes des valeurs universelles de protection de la vie. » indique – t-il.

 

​Présidant la cérémonie au nom du Chef de l’État, S.E.M. Alassane Ouattara, le Conseiller Spécial chargé des Cultes, M. Drissa Koné, a quant à lui magnifié le partenariat permanent entre l’État et les confessions religieuses, unies pour bâtir une Côte d’Ivoire en parfaite santé morale, physique et spirituelle.

​Un engagement ferme des textes sacrés au pupitre

​La réponse des leaders religieux ne s’est pas fait attendre. S’exprimant au nom des confessions religieuses, l’Imam Cissé Djiguiba, Directeur Général du Groupe Média Al Bayane et Imam de la mosquée du Plateau, a acté un engagement total.

​« Nous allons, à travers tous nos canaux de communication (radios, télévisions confessionnelles) mais aussi dans nos prêches, diffuser abondamment ce message. Le Coran va même plus loin en préconisant deux ans d’allaitement régulier. C’est une responsabilité collective », a-t-il déclaré.

 

​Du côté des mouvements féminins chrétiens, l’engagement est tout aussi pragmatique. Mme Miezan Yvette, Secrétaire Générale de l’Association des Femmes Catholiques de Côte d’Ivoire, a lancé un appel direct aux jeunes mamans pour briser les complexes esthétiques :

​« Chères filles, n’ayez pas peur de donner le sein. Cela ne détruit pas votre beauté, au contraire, cela préserve votre santé et celle de l’enfant. De plus, c’est une immense économie de temps et d’argent pour le foyer. » déclare -t-elle.

 

​Cap sur les régions : 76 localités visitées d’ici septembre 2026

​Cet atelier de plaidoyer s’inscrit dans le cadre du Programme Multisectoriel d’Accélération de l’Allaitement 2026-2027.

​L’action ne s’arrêtera pas aux portes d’Abidjan. Dr Yébouet Patricia N’goran a annoncé le déploiement immédiat d’une campagne nationale d’envergure qui sillonnera, jusqu’en septembre 2026, les 31 régions et les 2 districts autonomes du pays. En ciblant 76 localités, le CONANUT entend mobiliser, après les guides religieux, les chefs traditionnels, les jeunes, les parlementaires et les tradipraticiens pour que l’allaitement exclusif redevienne une fierté nationale et un réflexe de vie.

CAM