Grand-Bassam, lundi 02 novembre 2026. En ce début de matinée, une brise légère souffle sur le quartier de France, berceau historique du Royaume N’Zima Kôtôkô. Dans l’air flotte le battement lourd et rythmé du Edogbolé, le tambour sacré qui annonce les célébrations de l’Abissa. Mais aujourd’hui, aux côtés des parures traditionnelles et des chants d’ancêtres, un nouveau souffle traverse la jeunesse de Bassam : celui du numérique.
Bienvenue au « Digital Day », une journée inédite placée sous le thème : « La jeunesse impliquée dans le développement durable prônée par l’Abissa, son patrimoine culturel multiséculaire ».

L’IA, mémoire vivante de la culture N’Zima
Au centre de toutes les attentions lors de la conférence clé de la matinée, un homme prend la parole devant les sages du royaume et les jeunes passionnés de technologie : Jean-Patrick Ehouman, architecte logiciel, directeur d’Akendewa et lauréat du Prix National d’Excellence 2026.
- Sa mission ? Répondre à une question audacieuse : « Comment l’Intelligence Artificielle peut-elle être mise à contribution pour la valorisation de la culture N’Zima ? »
Pour l’expert, l’IA ne vient pas remplacer l’héritage, mais le propulser dans l’avenir. Il a dévoilé une plateforme communautaire révolutionnaire, actuellement en phase de test :
« On a travaillé sur la mise en place d’une plateforme communautaire qui permet de générer des idées et des activités à partir des éléments culturels N’Zima », explique Jean-Patrick Ehouman.

Le principe est novateur : les contes, rites, proverbes et savoirs traditionnels sont intégrés directement par les membres de la communauté, puis soigneusement validés par les personnes ressources du Royaume N’Zima. L’IA prend ensuite le relais pour suggérer des activités interactives aux visiteurs et à la jeunesse. Un véritable précédent pour la sauvegarde du patrimoine en Côte d’Ivoire.
« Face à l’IA, l’humain doit garder le dernier mot »
Face aux interrogations légitimes de la jeunesse quant aux mutations du marché du travail, le conférencier a tenu un discours empreint de pédagogie et de pragmatisme.
S’adapter et collaborer : L’IA générative transforme les métiers. Demain, on ne fera plus la comptabilité ou la création comme hier, mais en tandem avec l’IA.
La primauté de l’esprit humain : Si l’outil accélère la résolution de problèmes, la décision finale doit impérativement rester humaine.
Vigilance technologique : Un appel à la prudence a également été lancé face à la montée de la cybercriminalité dopée à l’IA.

La langue : le véritable fil conducteur de l’identité
Si l’intelligence artificielle offre de nouveaux outils, elle ne peut fonctionner sans la matière première de la culture : sa langue. C’est le cri du cœur lancé par le second panéliste, le Dr Adjé Paul, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.
« Si la jeunesse ne s’approprie pas la langue N’Zima aujourd’hui, demain, des enfants N’Zima viendront à Bassam se comporter comme de simples visiteurs », a prévenu l’universitaire avec gravité.
Pour lui, la langue est le véhicule indissociable de la pratique culturelle. Sans elle, le patrimoine devient une coquille vide.
Des innovations concrètes pour un ancrage vers l’avenir
Pour répondre à ce défi, la Commission Digitale de l’Abissa, présidée par Ekpalé Nianzou, a présenté un éventail d’innovations concrètes déployées pour cette édition 2026 :
L’application de traduction N’Zima : Un outil pensé pour permettre aux jeunes et aux non-locuteurs d’apprendre facilement la langue.
La Radio Web Abissa : Lancée cette année pour diffuser l’événement à travers la diaspora.
Une boutique en ligne modernisée et des ateliers pratiques sur l’e-commerce et l’IA.
Un pont entre hier et demain
En mariant la profondeur de ses traditions multiséculaires à la puissance des technologies de pointe, le peuple N’Zima Kôtôkô prouve que la tradition n’est pas un musée immobile, mais une matière vivante. L’Abissa 2026 s’impose ainsi comme le symbole d’une Afrique qui s’approprie le futur sans jamais oublier ses racines.
Envoyé special
Uriel Sadok



