Abidjan a accueilli, ce 17 juin 2026 au Plateau, la 4ème édition de la Revue du Commerce Extérieur, consacrée aux partenariats avec l’Égypte, le Cameroun, la République de Corée et l’Inde. Sous le thème « Renforcer les partenariats commerciaux et les investissements entre la Côte d’Ivoire et ses partenaires stratégiques pour une croissance économique durable », la rencontre a réuni administrations publiques, représentations diplomatiques et opérateurs économiques.
Une journée de dialogue entre État et secteur privé
Après la cérémonie d’ouverture, la matinée a été consacrée à une session plénière sur les relations commerciales avec chacun des quatre pays partenaires, suivie d’un panel de haut niveau réunissant les représentants des ambassades du Cameroun, de la Corée du Sud, de l’Inde et de l’Égypte, le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) et le Tribunal du Commerce. L’après-midi a été organisée autour de quatre groupes de travail bilatéraux —Égypte, Cameroun, Corée du Sud, Inde —, chacun centré sur des enjeux spécifiques : agro-industrie et industrie pharmaceutique pour l’Égypte, intégration régionale et ZLECAf pour le Cameroun, technologie et industrialisation pour la Corée du Sud, partenariats industriels et santé pour l’Inde. La journée s’est close par la restitution des recommandations de chaque groupe.
Touré Baba : « Cette 4ème Revue se veut celle de l’accélération »
Dans son mot de bienvenue, le Directeur Général du Commerce Extérieur, Touré Baba, a souligné la résilience de l’économie ivoirienne dans un contexte mondial marqué par la redéfinition des chaînes de valeur. Il a rappelé que le volume global des échanges commerciaux du pays a atteint, fin 2025, un niveau record de près de 20 500 milliards de FCFA, avec une balance commerciale excédentaire de plus de 1 200 milliards de FCFA.
« Si les trois précédentes éditions nous ont permis de poser les diagnostics essentiels, cette 4ème Revue se veut être celle de l’accélération », a-t-il déclaré, présentant trois axes prioritaires : porter le taux de transformation locale à plus de 50 % d’ici 2030 — alors que les produits manufacturés ne représentent encore que 25 % des exportations —, mieux positionner la Côte d’Ivoire sur le marché de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf, 1,3 milliard de consommateurs), et poursuivre la dématérialisation des procédures douanières grâce au Guichet Unique du Commerce Extérieur (GUCE).
Le secteur privé plaide pour l’information commerciale et les partenariats structurants
Stéphane Aka, Directeur Exécutif de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), a salué le dynamisme du commerce extérieur tout en pointant les contraintes persistantes des entreprises ivoiriennes : accès limité à l’information sur les marchés, complexité des procédures, exigences sanitaires croissantes, coûts logistiques élevés et accès difficile au financement, notamment pour les PME.
Il a illustré l’enjeu de la valeur ajoutée à travers la filière anacarde : « Les exportations de noix brutes ont reculé, tandis que la transformation locale a progressé de près de 95 %, ce qui démontre le potentiel qui existe en Côte d’Ivoire. Ce potentiel reste toutefois encore insuffisamment exploité. » Sur l’accès à l’information dans le cadre de la ZLECAf, il a insisté : « Lorsque vous fabriquez un produit, vous ne savez pas toujours si le Maroc, l’Égypte ou le Cameroun l’accepteront sans droit de douane. L’information commerciale dans le cadre de cette zone de libre-échange est absolument essentielle. »
Évoquant la Corée du Sud, il a livré une réflexion sur la trajectoire industrielle ivoirienne : « Il y a une cinquantaine d’années, la Corée du Sud est venue s’inspirer du modèle ivoirien. Elle a si bien réussi que le Maroc est ensuite allé s’inspirer de la Corée, et qu’aujourd’hui, c’est nous qui allons nous inspirer du Maroc. Il ne faudrait pas qu’un jour, un autre pays vienne s’inspirer de l’expérience ivoirienne, et que nous allions, à notre tour, nous inspirer de la sienne. »
Il a résumé les priorités du secteur privé : « Accès à l’information commerciale, mécanismes adaptés de financement des exportations, mise aux normes accélérée des entreprises, amélioration de la performance logistique, et soutien à la transformation locale et à l’innovation. » Il a conclu : « La Côte d’Ivoire est sur une trajectoire positive, mais elle doit désormais franchir un nouveau palier. Le secteur privé ivoirien est prêt à relever ce défi à vos côtés. »
Des échanges commerciaux en forte progression avec les quatre partenaires
Ouvrant les travaux au nom du Ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, le Directeur de cabinet Laurent Raymond Assoa a présenté un état des lieux chiffré de la coopération avec les quatre pays. Il a rappelé que l’économie ivoirienne a enregistré une croissance de 6,5 % en 2024, avec une inflation maîtrisée à 3,8 %.
Concernant l’Égypte, 17ème fournisseur mondial de la Côte d’Ivoire (matériaux de construction, engrais, produits manufacturés, agroalimentaire), les échanges ont progressé par rapport aux 175,8 milliards de FCFA enregistrés en 2023. Avec le Cameroun, les exportations ivoiriennes ont atteint 72,85 milliards de FCFA en 2024, pour des échanges globaux avoisinant les 74 milliards de FCFA. La Corée du Sud reste un partenaire stratégique majeur, avec des échanges commerciaux dépassant 412 milliards de FCFA en 2024. L’Inde, enfin, s’affirme comme un partenaire incontournable dans la santé, les technologies de l’information, le textile et l’industrie pharmaceutique.
« Notre ambition est claire : faire de la Côte d’Ivoire un hub commercial, industriel et logistique de référence en Afrique de l’Ouest », a affirmé Laurent Raymond Assoa, avant de déclarer officiellement ouverts les travaux de la 4ème Revue.
Objectif : une feuille de route opérationnelle
Interrogé en marge des travaux, Siriki Tuo, Directeur de la Coopération Internationale et Régionale à la Direction Générale du Commerce Extérieur (DGCE), a précisé la finalité de l’exercice : « Cette activité consiste à évaluer la coopération commerciale entre la Côte d’Ivoire et chacun de ces États : la coopération est-elle en faveur ou en défaveur de la Côte d’Ivoire ? Quels produits exporter vers chacun de ces pays ? Quelles opportunités et quels défis pour les opérateurs économiques ivoiriens, et réciproquement pour ceux de ces pays en Côte d’Ivoire ? » L’objectif final, selon lui, est de produire une feuille de route permettant au secteur privé et à l’administration publique d’améliorer substantiellement la coopération commerciale avec chacun des quatre partenaires.
Le regard des opérateurs économiques
Présent à la Revue, Bala Su Branania, responsable commercial des exportations chez Afriventure, filiale de Kewal Ramchandani spécialisée dans la transformation de la noix de cajou, a salué la pertinence de la rencontre : « Les difficultés actuelles liées à la crise économique mondiale rendent cette réunion cruciale pour la collaboration entre trois économies émergentes et la Corée, une économie développée. Il est essentiel que nous progressions tous ensemble ; c’est le meilleur moyen de contribuer à la croissance de l’économie mondiale. »
Les travaux se sont poursuivis dans l’après-midi par les sessions de travail bilatérales, avant la restitution des recommandations et la cérémonie de clôture.
CAM