Dans la majestueuse Salle des Pas Perdus du Palais de Justice d’Abidjan, le temps semblait suspendu. Sous les regards des plus hautes autorités judiciaires, des avocats, des magistrats, des greffiers et de nombreux invités, une page de l’histoire du Barreau de Côte d’Ivoire s’est écrite. Me Florence Loan épouse Messan, première femme élue bâtonnier depuis la création de l’Ordre des avocats en 1959, a été élevée au rang de Commandeur de l’Ordre du Mérite de la Justice.
Loin d’une simple cérémonie protocolaire, ce fut un hommage à une carrière bâtie sur la rigueur, la discrétion et le sens du devoir ce 16 juillet 2026.
En lui remettant les insignes de Commandeur, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Jean Sansan Kambilé, a salué une femme qui, depuis près de trente ans, fait du droit un engagement quotidien.
« L’exercice de cette haute responsabilité exige des qualités professionnelles reconnues, une autorité morale, un sens élevé de l’écoute, du discernement et de la mesure. Ces qualités trouvent en vous une parfaite illustration », a déclaré le ministre, rappelant que cette distinction honorait également l’ensemble du Barreau ivoirien, acteur majeur de la défense des droits et des libertés.
Mais c’est le discours de la récipiendaire qui a profondément marqué l’assistance.
Avec pudeur, Me Florence Loan épouse Messan a d’abord tourné son regard vers Dieu.
« La gloire de ce moment revient au Seigneur », a-t-elle affirmé, avant d’évoquer sa mère, disparue le jour même de la célébration des 65 ans du Barreau, après avoir eu la joie d’assister à son accession au bâtonnat.
« Elle a vu. Et elle est partie tranquille. Je porte cette médaille avec elle », a-t-elle confié, dans une salle soudain silencieuse.
Elle a ensuite rendu hommage à son père, celui qui lui transmit très tôt l’amour du droit, bien avant qu’elle ne choisisse d’en faire sa vocation.
Dans un geste de gratitude, le bâtonnier a salué le ministre Jean Sansan Kambilé pour la confiance et l’attention accordées au Barreau depuis le début de son mandat.
« Vous auriez pu vous faire représenter. Vous avez choisi d’être présent en personne. J’y vois un témoignage de votre attachement au Barreau et à ses avocats », a-t-elle déclaré, avant de louer la réforme de l’assistance judiciaire engagée par le ministère, qu’elle considère comme une avancée majeure pour l’accès des citoyens à la justice.
Au fil de son intervention, les remerciements se sont adressés aux anciens bâtonniers, aux magistrats, aux membres du Conseil de l’Ordre, aux associations professionnelles, aux jeunes avocats, à ses collaborateurs et à tous ceux qui œuvrent, souvent dans l’ombre, au rayonnement du Barreau.
Même dans cette solennité, l’humour a trouvé sa place. Évoquant le traditionnel match de football entre magistrats et avocats prévu dans les prochains jours, elle a lancé, sourire aux lèvres : « Nous gagnerons à la 89,7e minute », déclenchant les rires et les applaudissements de l’assistance.
Puis vint le moment le plus intime.
Face à son époux, compagnon de trente-six années, sa voix s’est chargée d’émotion.
« Merci pour ces nuits sans sommeil où tu ne fais qu’une chose : m’écouter et me pousser plus haut quand je pense avoir atteint ma limite. » confie t-elle.
Cette confidence a rappelé que derrière la robe, les responsabilités et les honneurs, se trouve une femme portée par sa foi, sa famille et ses proches.
En concluant par les mots du psaume : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? », Me Florence Loan épouse Messan a donné à cette cérémonie une dimension profondément humaine.
Plus qu’une décoration, cette élévation au rang de Commandeur de l’Ordre du Mérite de la Justice apparaît comme la reconnaissance d’un parcours exemplaire et d’un engagement sans faille au service de la justice ivoirienne. Une distinction qui honore une femme, mais aussi tout un Barreau résolument tourné vers l’avenir.
CAM