Un enfant sur trois encore invisible
C’est un chiffre qui interpelle : en Côte d’Ivoire, près d’un enfant sur trois n’est toujours pas enregistré à la naissance. Sans acte d’état civil, pas de scolarisation, pas d’accès aux soins, pas de protection sociale. Ces enfants existent dans les faits, mais demeurent invisibles aux yeux de l’État. C’est pour briser cette invisibilité que l’UNICEF et IHS Towers ont renouvelé, ce lundi 29 juin à Abidjan, leur partenariat stratégique autour de la digitalisation des centres sociaux et du renforcement de l’enregistrement des naissances.
Une alliance qui a déjà fait ses preuves
Jean-François Basse, Représentant Résident de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, a rappelé que ce partenariat n’est pas né de rien. Il y a un peu plus d’un an, les deux institutions avaient déjà franchi le pas. « Nous avions signé un partenariat avec la Directrice Générale d’IHS, Madame Fatim Cissé Kouadio, pour soutenir des initiatives qui impacteraient positivement la vie des enfants, dans le domaine de la digitalisation mais également dans celui de l’enregistrement des naissances », a-t-il rappelé. Le bilan, un an après, est jugé positif. « C’est un partenariat innovant, entre une structure des Nations Unies et une structure privée. Il démontre qu’il est possible de nouer des alliances avec le secteur privé pour améliorer directement le sort des populations les plus vulnérables — des femmes et des enfants. » indique t-il.
La décision de reconduire cet accord pour une année supplémentaire s’inscrit dans un contexte plus large. Le Représentant de l’UNICEF a souligné que le secteur privé représente aujourd’hui près de 70 % du financement du Programme National de Développement ivoirien à l’horizon 2030. « Cela veut dire que d’autres alliances vont se mettre en place dans le cadre de la mise en œuvre des priorités de l’État ivoirien, des priorités dirigées vers les populations, mais également vers les enfants, qui constituent, avec les jeunes, une catégorie très importante de la population. » conclu t-il.
IHS Towers : des infrastructures au service de l’inclusion
Du côté du secteur privé, le Dr Edmond Brou, Directeur Commercial d’IHS Côte d’Ivoire, a tenu à expliquer ce qui a motivé l’engagement de son entreprise. « Nos infrastructures de télécommunications sont installées auprès des populations locales, et c’est une manière pour nous de mettre en œuvre l’un de nos piliers essentiels : la responsabilité sociale d’entreprise », a-t-il expliqué. Mais l’opérateur sait aussi reconnaître ses limites. « Nous ne pouvons pas être partout à la fois, et c’est pourquoi nous avons vu en l’UNICEF le partenaire idéal. » révèle t-il. Concrètement, l’appui d’IHS se décline sur deux niveaux : un soutien technique, avec la mise à disposition de ressources et d’outils pratiques, et un soutien financier, pour permettre aux institutions compétentes de déployer les politiques publiques déjà définies.
Le gouvernement salue l’initiative
Représentant le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Sylla Losseni, Directeur de la Planification, des Études et de la Documentation, a exprimé la satisfaction du gouvernement face à ce renouvellement. « Les vulnérabilités de nos populations sont de plus en plus complexes », a-t-il reconnu. Face à cette réalité, le ministère entend s’appuyer sur les outils innovants et les nouvelles technologies pour « être plus efficace sur le terrain et avoir davantage d’impact auprès de nos populations » ajouté t-il. Ce partenariat, a-t-il conclu, est une opportunité de « bénéficier de la technologie et de la digitalisation pour améliorer nos services ».
Vers une Côte d’Ivoire où chaque enfant compte
Au-delà des discours, c’est une conviction qui s’est exprimée tout au long de cette cérémonie : aucune institution ne peut, seule, relever le défi de l’identité légale universelle. Trois conditions ont été identifiées comme indispensables — l’interopérabilité des centres d’état civil, la décentralisation et la digitalisation. Des chantiers immenses, mais pas insurmontables, à condition d’unir les forces publiques, onusiennes et privées. Avec 635 000 naissances déjà enregistrées grâce aux nouveaux formulaires de déclaration, la dynamique est enclenchée. L’objectif, désormais partagé, est d’aller encore plus loin, d’ici 2030.
CAM