Le Noom Hôtel d’Abidjan Plateau a vibré ce jeudi 2 juillet au rythme d’une question simple mais dérangeante : les organisations africaines vont-elles bien ? Pour trois jours, la troisième édition de la Convention Africaine du Développement Intégral de l’Humain (CADIH) a posé ses valises dans la capitale économique ivoirienne, réunissant décideurs, DRH, coachs et chercheurs venus d’une douzaine de pays du continent autour d’un thème qui a tout d’un manifeste : « Bien-être, leadership et performance : bâtir les organisations africaines de demain ».

Un dirigeant, une confidence, une prise de conscience
C’est une anecdote venue de Dakar qui a donné le ton de la cérémonie d’ouverture. Raphaël Tchomnou, Commissaire général de la CADIH et fondateur de Focus TL, a raconté l’échange avec un dirigeant qu’il accompagne, resté marqué par cette remarque : « Écoute, Raphaël, ce que tu me demandes, c’est de m’arrêter une heure pour écouter un collaborateur. Mais qu’est-ce que je fais de mes réunions de conseil d’administration ? ». Une phrase qui, selon lui, trahit une croyance répandue mais fausse : « consacrer une heure à un être humain, ce serait voler une heure à la performance ». ajoute t-il.
Sa réponse a résonné comme le fil rouge de la convention : « Performance et bien-être ne se choisissent pas : ils se complètent ». Devant une salle rassemblant des délégations venues du Bénin, du Gabon, de la RDC, du Congo-Brazzaville, de la Guinée équatoriale, de la Guinée-Conakry, du Mali, du Sénégal, du Burundi et du Cameroun, le Commissaire général a présenté le parcours des trois prochains jours comme une ascension : « Aujourd’hui, nous allons diagnostiquer (…) demain, nous allons transformer. Et samedi, au cœur de la forêt du Banco, nous allons nous régénérer » Revel t-il et d’adjoindre qu’une promesse a scellé son propos : « si vous vivez pleinement ces trois journées avec nous, vous repartirez avec quelque chose de plus grand. Vous-même ».

Le gouvernement ivoirien pose ses conditions à la performance durable
L’ouverture officielle est revenue au ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Maître Adama Kamara, qui a placé son allocution sous le signe d’une conviction forte : « une organisation qui ignore le bien-être de ses membres construit sur du sable. Une nation qui néglige l’épanouissement de ses travailleurs hypothèque son propre avenir » fait t-il savoir.
Citant l’écrivain norvégien Arne Garborg, le ministre a rappelé que « chacun peut s’acheter de la nourriture, mais non l’appétit ; des médicaments, mais non la santé (…) des choses qui brillent, mais non le bien-être », avant de livrer sa propre définition du concept au cœur de la convention : « Le bien-être intégral, c’est l’équilibre vivant entre quatre dimensions de l’existence humaine : la santé du corps, la paix de l’esprit, la dignité du statut social et le sens donné à l’action » a-t-il indiqué.
Le ministre a également situé cet enjeu à l’échelle du continent, chiffres de l’Organisation internationale du Travail à l’appui : les risques psychosociaux liés au travail seraient responsables de « plus de 840 000 décès chaque année dans le monde, pour un coût économique évalué à 1,37 % du PIB mondial ». Un constat dont, a-t-il insisté, « notre continent (…) n’est pas à l’abri ».

Un réseau continental en gestation à Abidjan
Point d’orgue annoncé de cette édition : la signature, ce vendredi 3 juillet, de l’acte fondateur du Réseau Africain du Développement Intégral de l’Humain (RADIH), dont le siège sera établi à Abidjan. Le ministre Kamara y voit un tournant : « L’Afrique a produit, au fil des décennies, d’innombrables déclarations, chartes et résolutions sur le développement humain. Beaucoup sont restées lettres mortes (…) par manque de structures permanentes capables de transformer les engagements en actions concrètes » conclu t-il.

Trois jours durant, la CADIH 2026 déroulera son programme entre masterclass certifiantes, panels d’experts et moments plus intimes — jusqu’à une randonnée régénérative au Parc National du Banco, samedi, pour clore la convention.
CAM



