Ce lundi 22 juin 2026, la Primature a servi d’écrin à une annonce historique. Devant les représentants des partis politiques, de la société civile et des médias, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a dévoilé les contours d’une réforme profonde du système électoral ivoirien. L’objectif : tourner définitivement la page des crises et redonner aux citoyens confiance dans leur démocratie.

Un diagnostic lucide sur les failles du passé
Le Chef du Gouvernement n’a pas esquivé les vérités qui dérangent. Revenant sur plusieurs décennies d’architecture électorale, il a reconnu que les mécanismes successifs, malgré les réformes, n’ont pas suffi à éteindre les braises de la méfiance.
« Ni la présence des partis politiques dans les organes électoraux, ni les médiations internationales n’ont suffi à instaurer durablement la confiance », a-t-il affirmé avec franchise.
Le souvenir de la crise postélectorale de 2010-2011 plane encore sur la mémoire collective ivoirienne. C’est précisément ce spectre que la réforme entend conjurer. « Nous voulons que les élections ne soient plus des moments de peur, mais des moments de choix », a-t-il lancé, dans ce qui restera comme la formule phare de son discours.

Trois organes pour un système repensé
Le cœur de la réforme repose sur une architecture institutionnelle inédite, articulée autour de trois organes aux missions distinctes et complémentaires : le premier sera dédié à l’organisation matérielle des scrutins ; le deuxième assurera le recensement et la compilation des votes pour garantir la sincérité des résultats ; le troisième exercera la supervision et le contrôle de l’ensemble du processus.
Une séparation des pouvoirs électoraux pensée pour renforcer, selon les termes mêmes du Premier ministre, « la neutralité, l’impartialité, la crédibilité et la transparence » des élections à venir. Cette réforme fait suite à la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), décidée en Conseil des ministres le 6 mai dernier, après l’expiration de son mandat.
Un appel à la responsabilité collective
Au-delà des structures, Beugré Mambé a voulu rappeler que la démocratie n’est pas l’affaire du seul gouvernement. S’adressant aux partis, à la société civile et aux médias, il a tracé une ligne claire : « La Côte d’Ivoire est plus grande que nos partis et plus grande que nos personnes. »
Il a plaidé pour une éducation civique renforcée, en direction des jeunes, des femmes et des personnes vulnérables, convaincus que la paix électorale se construit bien avant le jour du vote. « Nous voulons que le candidat qui perd comprenne pourquoi il a perdu, et que celui qui gagne soit reconnu comme légitime », a-t-il déclaré.
Une démocratie mature, en somme, où le résultat des urnes ne se discute plus dans la rue, mais s’accepte dans la dignité.

Un chantier qui ne fait que commencer
En transmettant les salutations du Président Alassane Ouattara — dont il a salué « la volonté constante de faire de la Côte d’Ivoire une nation de paix, de stabilité et de développement » —, le Premier ministre a aussi tenu à replacer cette réforme dans une ambition plus large : celle d’un État qui choisit de perfectionner ses instruments plutôt que de les subir.
« Une démocratie qui veut avancer doit avoir le courage de perfectionner ses instruments », a-t-il dit. Un appel à la confiance, mais aussi à la responsabilité partagée.
Le chantier institutionnel qui s’ouvre promet d’être l’un des plus structurants de la décennie pour la Côte d’Ivoire. Et il commence, ce lundi, par un mot simple : le courage de changer.
CAM



