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Affaire des 87 douaniers : entre sensationnalisme médiatique et exigences de rigueur journalistique

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Depuis quelques jours, un dossier impliquant 87 agents des douanes ivoiriennes alimente le débat public, à la faveur d’une publication à la une d’un journal se revendiquant d’investigation. Dans un traitement à forte charge accusatoire, le Directeur général des Douanes y est directement mis en cause, sans que sa version des faits n’ait été manifestement sollicitée ni rapportée. Une démarche qui interroge, tant sur le plan déontologique que sur celui de la crédibilité de l’information livrée à l’opinion.

L’un des piliers du journalisme professionnel demeure le respect du contradictoire. Toute accusation, surtout lorsqu’elle porte sur la gestion administrative et la probité d’un haut responsable public, impose de recueillir la réaction de la personne mise en cause. En s’en affranchissant, l’auteur de l’article incriminé s’écarte des règles élémentaires d’équilibre et d’impartialité, transformant ce qui aurait pu être une enquête rigoureuse en un réquisitoire à sens unique.

Cette carence méthodologique fragilise d’emblée la portée des allégations avancées, d’autant plus qu’aucune preuve formelle, clairement établie et contradictoirement vérifiée, ne semble étayer les accusations de “contournement de la loi”.

L’article évoque notamment un prétendu contournement de la loi n°2019-871 relative aux sanctions administratives. Or, une telle accusation ne saurait être prise à la légère. Elle suppose une démonstration juridique rigoureuse, reposant sur des faits vérifiables, des décisions administratives précises et leur confrontation avec les textes en vigueur.
En l’absence de cette démonstration, ces affirmations relèvent davantage de l’insinuation que de l’investigation. Le lecteur se retrouve ainsi exposé à une narration orientée, où la gravité des mots contraste avec la faiblesse des preuves.

Une instrumentalisation de l’émotion

Le recours à des éléments tels que “des morts à cause de sanctions cruelles” ou encore “une dette de plus d’un milliard de FCFA” participe d’une dramatisation du propos. Si ces faits méritent évidemment d’être examinés avec sérieux, leur présentation sans contextualisation ni vérification indépendante tend à susciter l’émotion plutôt qu’à éclairer objectivement le débat.
Le journalisme d’investigation ne saurait se réduire à une accumulation de formules choc. Il exige au contraire une mise en perspective, une hiérarchisation des faits et une prudence dans l’interprétation.

Il convient de rappeler que les décisions administratives, notamment en matière disciplinaire, obéissent à des procédures encadrées par la loi et soumises à divers mécanismes de contrôle. Le Directeur général des Douanes, en tant qu’autorité administrative, agit dans un cadre réglementaire précis, sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances.
Dès lors, toute accusation de dérive ou d’irrégularité doit être appréciée à l’aune des procédures existantes, y compris les voies de recours offertes aux agents concernés. En l’absence de décisions judiciaires ou administratives établissant une faute, la prudence s’impose.

Dans un contexte où la confiance du public envers les médias est un enjeu majeur, la responsabilité des journalistes est d’autant plus grande. Informer ne consiste pas à accuser sans preuve, ni à condamner sans contradictoire. C’est au contraire rechercher la vérité, dans toute sa complexité, avec rigueur et honnêteté.
En l’état, l’article incriminé apparaît davantage comme une prise de position que comme une enquête aboutie. Il appartient désormais aux lecteurs de se faire une opinion réelle sur un tel journal qui fait la propagande de la rumeur. Ici, l’article visant à salir l’honneur d’un haut cadre de l’administration publique en le jetant en pâture, manque de finesse et s’accommode d’une maladresse qui saute aux yeux. Le directeur général des douanes à pour lui, le mérite d’être un homme dont la probité et les états de service parlent pour lui. Il a même été récemment distingué comme personnalité marquante de l’année 2025. Son leadership, sa vision implémentée par des réformes significatives ont fait de l’administration douanière un levier essentiel dans la mobilisation des ressources financières pour le compte de l’État.

Avec autant d’actes manqués par ce journal dans le traitement de cette question qui relève du passé, l’on se pose la question suivante : Qui en veut à M. Da Pierre, directeur général des douanes ivoiriennes ? En attendant d’en savoir davantage, la question reste posée pour faire toute la lumière sur ce dossier, dans le respect des faits et des procédures.

Erick Bayala