Djibril Ouattara ouvre les Journées du Droit Numérique et annonce une stratégie d’IA souveraine pour la Côte d’Ivoire

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L’Espace Latrille Events de Cocody a ouvert ses portes ce jeudi matin à la deuxième édition des Journées du Droit Numérique, sous le thème : « Confiance numérique et intelligence artificielle : bâtir un écosystème sécurisé, éthique et respectueux des droits ». Deux jours durant, juristes, régulateurs, universitaires, magistrats, entreprises et innovateurs sont conviés à une réflexion collective sur les mutations que le numérique impose au droit et à la société du 25 au 26 juin 2026.

Le droit numérique, affaire de tous

C’est la commissaire générale de l’événement, Mme Bintou Jarvis, qui a donné le ton. Dans une allocution à la fois rigoureuse et engagée, elle a tenu à déplacer les lignes d’un vieux préjugé : le droit numérique ne serait-il réservé qu’aux spécialistes ?

« Il y a encore quelques années, beaucoup auraient répondu que c’est une affaire de spécialistes, parfois complexe et éloignée des préoccupations du citoyen », a-t-elle reconnu. Mais les temps ont changé. Aujourd’hui, le numérique irrigue les applications mobiles, les données personnelles, les réseaux sociaux, et désormais l’intelligence artificielle. « Le numérique n’est plus simplement une question technologique. Il est devenu une question économique, sociale, de souveraineté, de sécurité — et surtout une question de confiance », a-t-elle affirmé.

Pour Mme Jarvis, cette conviction est précisément à l’origine de la création de ces journées : offrir un espace où différents acteurs — du juriste à l’entrepreneur, du magistrat à l’étudiant — « réfléchissent ensemble aux enjeux d’aujourd’hui pour décider de ceux de demain ». Car, a-t-elle martelé, « le droit ne suit pas les mutations technologiques, il les accompagne, les sécurise et les anticipe ».

La commissaire générale a aussi tenu à rendre hommage aux chevilles ouvrières de cette initiative. Elle a cité le ministre Camille Konaté, qui avait « posé les fondations de ce cadre de réflexion » lors de la première édition, le secrétaire général du gouvernement pour son « accompagnement constant dans la structuration et l’adoption des textes juridiques », et le ministre Djibril Ouattara, qui a « renouvelé sa confiance en cette initiative et lui a donné une nouvelle impulsion ».

Elle a conclu par un appel à l’action concret, s’adressant à chaque catégorie d’acteurs : aux entreprises, de procéder dans les trois prochains mois à un audit éthique de leurs usages numériques ; aux administrations, d’identifier un service public à sécuriser juridiquement avant la fin de l’année ; aux universitaires, de formuler une proposition législative ; et aux jeunes innovateurs, de porter leurs solutions jusqu’à leur déploiement effectif. « Ce n’est qu’à cette condition que les Journées du Droit Numérique rempliront pleinement leur mission : non pas un simple lieu de réflexion, mais un véritable laboratoire d’actions concrètes », a-t-elle conclu.

Le secrétaire général du gouvernement : l’IA, un « arbitrage complexe »

Représentant des institutions de la République, Charlemagne Dah, secrétaire général du gouvernement, a pris la parole pour saluer la continuité de cet événement. Il avait lui-même participé à la première édition et s’était engagé à ce que ces journées se renouvellent. « Nous y sommes aujourd’hui », a-t-il dit simplement, avec la satisfaction du devoir tenu.

Mais au-delà de la satisfaction protocolaire, M. Dah a posé avec franchise la question qui polarise les débats mondiaux autour de l’intelligence artificielle. « L’intelligence artificielle semble même dépasser l’intelligence humaine », a-t-il observé, avant d’ajouter que « les risques ne sont pas loin » — vol de données, arnaques financières, ingérence politique, impacts comportementaux. Face à cela, il a identifié « un arbitrage complexe entre l’innovation et la prudence » : faut-il maximiser le potentiel de l’IA ou le brider ? Réguler ou laisser faire ?

« Autant de questions qu’exploreront certainement ces journées », a-t-il dit, en annonçant que le secrétariat général du gouvernement prendrait « toute sa part entière » dans le processus de mise en place d’un cadre juridique ivoirien dédié à l’intelligence artificielle.

Le ministre Djibril Ouattara ouvre officiellement les journées

C’est le ministre de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, Djibril Ouattara, qui a procédé à l’ouverture officielle. Avant tout, il a adressé ses félicitations à la commissaire générale et au comité d’organisation, « dont l’engagement continu contribue à construire le socle juridique du secteur numérique ».

Le ministre a rappelé que sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, « le numérique n’est pas perçu comme un simple secteur d’activité, mais comme un accélérateur du développement et un véritable levier de compétitivité ». Il a également insisté sur la dimension inclusive de cette ambition : le numérique doit « réduire la fracture numérique, créer de l’inclusion et démocratiser l’accès aux services ».

Face aux opportunités considérables que représente l’intelligence artificielle — dans l’éducation, la santé, la culture, l’industrie et l’administration publique — il a néanmoins reconnu qu’elle « soulève également des questions nouvelles et des inquiétudes » auxquelles « la responsabilité et l’éthique doivent répondre ». Pour lui, l’équilibre est impératif : « Il ne suffit pas de connecter, il faut également protéger. Il ne suffit pas de digitaliser, il faut également sécuriser. Il ne suffit pas d’innover, il faut également encadrer l’innovation. »

Il a annoncé que la Côte d’Ivoire entend implémenter « une stratégie d’intelligence artificielle souveraine et nationale », s’appuyant notamment sur les travaux en cours de modernisation du cadre juridique. « Ensemble, construisons un numérique innovant, un numérique de confiance, au service du développement de nos pays et du bien-être de nos populations », a-t-il lancé avant de déclarer officiellement ouverte la deuxième édition des Journées du Droit Numérique en Côte d’Ivoire.

Ces deuxièmes Journées du Droit Numérique se tiennent les 25 et 26 juin 2026 à l’Espace Latrille Events, Cocody, Abidjan.