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Cacao : face à la chute des prix, les producteurs africains sonnent la mobilisation

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Réunis au siège de l’Organisation internationale du cacao à Abidjan, producteurs et décideurs ont tiré la sonnette d’alarme ce mardi 31 mars 2026 face à une nouvelle crise du marché mondial du cacao. Après une période faste portée par des prix records, la filière replonge dans une instabilité marquée par une chute brutale des cours et une demande en reconfiguration.

Porte-parole des pays producteurs, Son Excellence Aly Touré a dressé un constat sans détour :
« Le cycle 2023-2025 avait redonné de l’air à nos économies. Mais cette fenêtre s’est brutalement refermée ».

Depuis fin 2024, les prix ont chuté de près de 70 %, passant de plus de 11 000 dollars la tonne à environ 2 900 dollars en mars 2026. Une dégringolade alimentée par des perspectives de surplus pour la campagne 2025-2026, mais surtout par une transformation profonde de la demande.
« La demande est structurellement affaiblie. Les industriels ont reconfiguré leurs produits, et ils ne reviendront pas en arrière », a averti Aly Touré.

Réduction de la teneur en cacao, recours à des substituts, stratégies de « shrinkflation » : autant d’ajustements opérés par l’industrie qui pèsent durablement sur la consommation mondiale.

Au-delà de la conjoncture, les producteurs dénoncent un déséquilibre structurel dans la chaîne de valeur. Alors que l’industrie du cacao génère près de 100 milliards de dollars, les pays producteurs n’en captent qu’une infime part.
« Sans les producteurs, il n’y aurait ni cacao, ni chocolat », a insisté Aly Touré, rappelant que « cette répartition inéquitable fragilise durablement nos économies et les revenus des millions de petits producteurs ».

À ses côtés, Michel Arrion, Directeur exécutif de l’ICCO, a souligné le rôle de l’institution dans la régulation du marché :
« Notre rôle est d’apporter des données fiables, d’analyser le marché et de favoriser le dialogue entre producteurs, industriels et consommateurs ».

Il a également insisté sur le lien étroit entre prix et durabilité :
« Le prix et la durabilité sont indissociables ».
Illustrant la volatilité du secteur, il a rappelé qu’une hausse de production de 7 % en 2016-2017 avait entraîné une chute des prix de 40 %, tandis qu’une baisse de 13 % en 2024 avait provoqué une flambée de près de 300 %.

Toutefois, la crise actuelle se distingue par un facteur déterminant : la contraction de la demande.
Face à ces défis, les pays producteurs misent sur le nouvel accord international du cacao, attendu pour octobre 2026. Ce texte ambitionne de corriger les failles de l’accord de 2010 en mettant l’accent sur des enjeux économiques majeurs : revenu décent, équité dans la répartition de la valeur, transparence du marché et promotion de la transformation locale.

Des initiatives comme le différentiel de revenu décent (DRD), porté notamment par la Côte d’Ivoire et le Ghana, s’inscrivent déjà dans cette dynamique.

Dans ce contexte, les pays producteurs entendent renforcer leur coordination. Les 8 et 9 avril prochains, 23 États représentant 95 % de la production mondiale se réuniront pour définir une stratégie commune.

« La seule variable d’ajustement reste notre unité et notre capacité à sortir du rôle de simples vendeurs de fèves », a conclu Aly Touré.

Au-delà des cycles économiques, une réalité s’impose désormais : l’avenir du cacao mondial dépendra de la capacité des pays producteurs à rééquilibrer les rapports de force et à bâtir une filière plus juste et durable.

CAM